
Passoires thermiques : ce qui est interdit à la location
Le calendrier d'interdiction : ce qui s'applique vraiment
La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a posé un calendrier progressif d'interdiction à la location des passoires thermiques. Depuis le 1er janvier 2023, les logements consommant plus de 450 kWh/m²/an d'énergie finale (sous-catégorie de la classe G) ne pouvaient déjà plus être proposés à la location. Depuis le 1er janvier 2025, l'ensemble de la classe G est interdit à la mise en location pour les nouveaux baux et reconductions.
Le prochain palier interviendra au 1er janvier 2028 avec l'interdiction des logements classés F, puis au 1er janvier 2034 pour la classe E. À cette échéance, environ 4,8 millions de logements pourraient être théoriquement exclus du marché locatif privé, soit près de 15 % du parc, selon les estimations du Conseil National de la Refondation Logement.
Précision importante : l'interdiction concerne les nouveaux contrats, les renouvellements et les reconductions tacites. Un bail en cours n'est pas automatiquement résilié, mais devient impossible à renouveler tant que le saut de classe n'est pas réalisé. Cela laisse un délai opérationnel pour planifier les travaux, mais ce délai se rétrécit à mesure que le terme approche, et les artisans qualifiés deviennent rares en zones tendues.
Conséquences sur la valorisation et le marché
L'observation des transactions de 2023-2025 montre une décote claire des biens énergivores. Les notaires de France ont publié plusieurs études établissant une décote moyenne de 7 à 15 % pour un bien classé F par rapport à un D équivalent, et de 11 à 22 % pour un G. La décote est plus marquée en zones tendues (Paris, grandes métropoles) où l'exigence locative est élevée, et plus modérée en zones rurales où le marché reste porté par la résidence principale.
Cette décote, qui peut paraître pénalisante pour le vendeur, constitue une opportunité pour l'investisseur informé. Acheter un bien décoté de 15 % pour réaliser 20-30 000 € de travaux et passer en classe C ou D, c'est créer de la valeur immédiate et sécuriser la loueabilité long terme. Le rendement brut, calculé sur le prix d'achat décoté + coût des travaux, peut largement dépasser celui d'un bien déjà conforme.
Pour bien évaluer l'opération, deux audits sont indispensables : un audit énergétique réglementaire (chiffrage des scénarios de travaux) et un diagnostic technique global (état des structures, toiture, plomberie). Ces audits coûtent entre 1 500 et 3 000 € au total, et permettent de négocier le prix avec un argumentaire chiffré solide. Sans audit, la négociation reste subjective et l'investisseur s'expose à des surprises sur le coût final.
Les leviers fiscaux pour financer la rénovation
Plusieurs dispositifs fiscaux et aides directes permettent d'alléger le coût des travaux de rénovation énergétique. Le déficit foncier est le levier le plus efficace pour les bailleurs au régime réel : il permet d'imputer les travaux sur les revenus fonciers, et jusqu'à 10 700 € sur le revenu global (plafond doublé à 21 400 € pour les travaux énergétiques sortant un bien des classes F ou G, jusqu'en 2025, prolongation à confirmer pour 2026).
MaPrimeRénov' reste accessible aux bailleurs depuis 2023, avec des plafonds adaptés et des bonus pour les passoires sortant des classes F/G. Selon les ressources et l'ampleur des travaux, le montant peut atteindre plusieurs milliers d'euros par logement. L'éco-PTZ (prêt à taux zéro) finance jusqu'à 50 000 € de travaux énergétiques sur 20 ans, cumulable avec MaPrimeRénov'. Les CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) viennent compléter ces aides pour des montants variables selon les fournisseurs d'énergie partenaires.
Pour les biens éligibles, le dispositif Denormandie permet en plus une réduction d'impôt sur l'ensemble acquisition + travaux (12 à 21 %). Le cumul Denormandie + MaPrimeRénov' n'est pas autorisé sur les mêmes travaux, mais il reste possible de structurer l'opération pour optimiser chaque euro investi. Un conseiller patrimonial spécialisé est utile pour orchestrer ces dispositifs, qui n'ont pas la même logique d'activation.
Stratégie d'achat-rénovation : méthode et points de vigilance
La stratégie d'achat-rénovation de passoires thermiques mérite une approche méthodique. Première étape : cibler géographiquement les zones où la décote des biens F/G est nette (souvent les centres-villes anciens en zones tendues), tout en s'assurant que la demande locative restera forte une fois le bien rénové. Inutile d'acheter une passoire bon marché dans une zone sans demande.
Deuxième étape : budgétiser précisément les travaux avec un maître d'œuvre ou un architecte, surtout si le bien nécessite des interventions sur l'isolation par l'extérieur (ITE), le remplacement complet du système de chauffage, ou des menuiseries. Les surcoûts liés aux exigences thermiques (RE2020 partielle en rénovation lourde) peuvent surprendre. Ajouter une marge de 15 à 20 % sur le devis initial est une prudence raisonnable.
Troisième étape : structurer fiscalement l'opération avant l'acquisition. Détention en nom propre avec déficit foncier ? SCI à l'IR ou à l'IS ? LMNP au réel après travaux ? Le choix dépend du profil fiscal, du nombre de biens détenus, de l'horizon de revente et de la stratégie de transmission. Chez CPIM, ce travail de structuration se fait en amont, parce que changer de régime fiscal après l'achat coûte cher en frais et en opportunités manquées. Pour les patrimoines plus importants, la question de l'IFI et de la transmission entre également dans l'équation.
Cas pratique chiffré 2026
Étude de cas : Caroline, 38 ans, TMI 41 %, identifie un T3 de 65 m² classé G dans le centre de Toulouse, en vente 235 000 € (décote affichée -14 % versus comparable classé D estimé 275 000 €). Audit énergétique chiffré : 48 000 € de travaux nécessaires pour atteindre la classe D (ITE partielle, remplacement chaudière par PAC, double vitrage, VMC double flux). Total opération : 235 000 + 17 625 € frais notaire + 48 000 € travaux = 300 625 €.
Plan de financement : apport personnel 30 000 €, prêt amortissable 250 000 € sur 20 ans à 3,8 % (mensualité 1 490 €), éco-PTZ complémentaire 20 625 € sur 15 ans à 0 % (mensualité 115 €). Aides directes : MaPrimeRénov' bailleur 8 200 €, CEE 1 800 €, soit 10 000 € versés directement. Reste à charge net après aides : 290 625 €.
Levier fiscal via déficit foncier majoré : les 48 000 € de travaux (dont 42 000 € qualifiés énergétiques pour sortie de classe F/G) génèrent un déficit imputable de 21 400 € sur le revenu global de l'année des travaux, plus le reliquat reportable sur 10 ans sur les revenus fonciers. Économie d'impôt directe N0 : 21 400 × 58,2 % = 12 455 €. Économie sur les 6 années suivantes (imputation reliquat 24 800 € sur revenus fonciers à 41 %+17,2 %) : 14 430 €. Économie fiscale totale : 26 885 €.
Loyer post-travaux : 1 020 €/mois (15,70 €/m² en classe D centre Toulouse), soit 12 240 €/an. Cash-flow opérationnel net après crédit : -540 €/mois la première année, redevenant positif après 8 ans grâce à la décroissance des intérêts. ROI total sur 15 ans (valorisation +30 % pour classe D recentrée + revenu net cumulé + économie fiscale) : gain net 178 000 € pour un effort net actualisé de 65 000 €. Rendement net de l'opération sur 15 ans : 174 %.
Comparaison avec les alternatives
Trois alternatives stratégiques face à une passoire thermique. L'acquisition d'un bien déjà conforme (classe D ou mieux) : simplicité, pas de chantier, mais prix d'achat plus élevé (+12 à 22 %) et rendement brut typiquement 0,5 à 1 point en dessous. Convient aux primo-investisseurs préférant la prévisibilité au levier rénovation.
L'investissement en SCPI green/RE2020 : certaines sociétés de gestion (Iroko Zen, Remake Live, Sofidynamic) ciblent exclusivement les actifs conformes ou récents. Rendement net 2025 entre 4,8 et 6,0 %, sans aucun pilotage de travaux. Comparé à un investissement SCPI vs immobilier direct rénové, la SCPI perd le levier crédit personnel et le levier travaux, mais gagne en simplicité et en diversification géographique.
Le démembrement temporaire avec bailleur social : céder l'usufruit 15-20 ans à un bailleur social qui prend en charge la rénovation et la gestion. Décote acquisition de 30 à 40 %, pas de loyers (donc pas de fiscalité courante), restitution pleine propriété d'un bien rénové à terme. Pertinent pour les TMI 41-45 % n'ayant pas besoin du revenu courant et cherchant à effacer la base IFI.
Les 5 erreurs à éviter
1. Acheter sans audit énergétique préalable. Le chiffrage des travaux par un audit officiel (1 500-3 000 €) sert à négocier le prix d'achat. Sans audit, l'estimation reste subjective et l'investisseur découvre les vrais coûts après acquisition : 30 à 50 % au-dessus du budget initial dans les cas mal préparés.
2. Choisir des artisans non RGE. Sans certification RGE, les aides MaPrimeRénov', CEE et éco-PTZ ne sont pas versées. Le plafond majoré du déficit foncier énergétique (21 400 €) est perdu. Vérifier l'agrément sur france-renov.gouv.fr et conserver les attestations dans le dossier fiscal.
3. Engager les travaux avant la signature de l'acte. Les travaux réalisés avant l'acquisition juridique ne sont pas déductibles. Programmer le chantier post-acquisition, idéalement après une période de vacance de 1-2 mois pour permettre les visites artisans et signatures de devis.
4. Négliger la copropriété. Une ITE nécessite un vote en assemblée générale. Si la copropriété refuse, l'atteinte de la classe D peut être impossible. Vérifier les procès-verbaux des 3 dernières AG avant achat : une copropriété en conflit ou en sous-cotisation est un signal d'alerte.
5. Oublier la stratégie de sortie. Acquisition + rénovation crée de la valeur immédiate, mais la revente avant 22 ans est lourdement fiscalisée (plus-value 36,2 %). Anticiper la sortie 5 à 10 ans après l'acquisition : revente avec abattement, transmission démembrement, ou conservation longue. Le choix doit être posé dès l'achat.
FAQ pratique
Q : Quel est le délai moyen pour rénover une passoire thermique en pratique ? Compter 4 à 9 mois de chantier hors période de chauffe, plus 3 à 6 mois en amont pour les devis, le permis (si ITE), et le financement. Total typique 9-15 mois entre l'achat et la mise en location post-travaux.
Q : Le plafond majoré du déficit foncier énergétique sera-t-il prolongé au-delà de 2025 ? Le dispositif initial s'étend jusqu'au 31 décembre 2025, mais une prolongation à 2027 a été proposée dans plusieurs amendements. À ce jour (mai 2026), confirmation officielle en attente du PLF 2027. Anticiper sans dépendre de la prolongation.
Q : Un T1 de 18 m² classé G mérite-t-il la rénovation ? À cette surface, les travaux à 25-30 000 € représentent souvent 25-35 % du prix d'achat, ce qui pèse sur l'équation. Cas par cas, mais la rénovation se justifie surtout en zone très tendue où le loyer post-travaux compense rapidement. En zone moyenne, l'arbitrage-revente est souvent plus rationnel.
Q : Puis-je cumuler Denormandie et déficit foncier ? Non, les deux dispositifs sont exclusifs sur les mêmes travaux. Choisir le plus avantageux selon le TMI : déficit foncier pour les TMI 41 % et plus, Denormandie pour les TMI 30 % avec besoin de réduction d'impôt directe.
Q : Quelle est la décote moyenne d'un bien classé F vs D en 2026 ? Étude des Notaires de France 2024-2025 : 9 à 17 % selon les zones, avec une décote plus marquée en zones tendues (Paris, Lyon, Bordeaux) et plus modérée en zones rurales. La décote G est de 14 à 24 %.
À retenir
1. Le calendrier d'interdiction (G en 2025, F en 2028, E en 2034) impose un saut de classe avant chaque palier. Anticiper 18-24 mois avant l'échéance permet d'éviter la vacance forcée. 2. La décote des passoires (10-22 %) est une opportunité d'achat-rénovation pour les investisseurs avertis, avec un ROI souvent supérieur à 170 % sur 15 ans après cumul travaux + fiscalité + revalorisation.
3. Le levier fiscal central est le déficit foncier (plafond doublé à 21 400 € pour les travaux énergétiques sortie F/G), cumulé avec MaPrimeRénov', CEE et éco-PTZ correctement structurés. 4. L'audit énergétique préalable est l'outil de négociation essentiel et sert de base au plan de travaux. Sans audit, l'opération est aveugle. 5. Structurer fiscalement l'opération dès l'acquisition (régime réel, choix SCI éventuel, articulation transmission) évite les frais de bascule ultérieurs et maximise le rendement net actualisé.
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