
Encadrement des loyers : nouvelles villes 2026
Le dispositif : rappel et extension géographique en 2026
L'encadrement des loyers est issu de la loi ELAN de 2018, sur le modèle expérimental autorisé dans les zones tendues. Le principe est simple : dans certaines agglomérations, le loyer mensuel hors charges d'un bien proposé à la location ne peut pas dépasser un loyer de référence majoré (LRM) fixé par arrêté préfectoral. Ce plafond varie selon le secteur géographique, l'époque de construction, le type de location (vide ou meublée) et le nombre de pièces.
Paris a été la première à appliquer le dispositif en 2019, suivie de Lille (2020), Plaisir et plusieurs communes franciliennes (2021), Lyon-Villeurbanne, Bordeaux et Montpellier (2022-2023), puis Marseille (partiellement, 2024). En 2026, le dispositif est consolidé à Lyon, Lille, Bordeaux et Marseille, avec des extensions périmétriques attendues sur les communes limitrophes. Plusieurs autres métropoles (Grenoble, Toulouse, Nantes) sont en cours d'examen.
L'encadrement concerne les baux signés à compter de l'entrée en vigueur de l'arrêté préfectoral. Les baux en cours ne sont pas modifiés, mais à la signature d'un nouveau bail (changement de locataire) ou au renouvellement, le plafond s'applique. Une zone d'ombre persiste sur les baux meublés tacitement reconduits, où la jurisprudence tend à imposer la mise en conformité.
Comment se calcule le loyer de référence majoré
Complément de loyer : les conditions strictes à respecter
La loi prévoit la possibilité d'ajouter un complément de loyer au-delà du LRM, mais à des conditions très précises et désormais resserrées par la jurisprudence. Le complément doit être justifié par des caractéristiques de localisation ou de confort exceptionnelles, qui ne sont pas déjà prises en compte dans la détermination du loyer de référence majoré.
Exemples reconnus par les tribunaux : terrasse ou jardin privatif de grande surface, vue exceptionnelle sur un monument, hauteur sous plafond largement supérieure à la moyenne, équipements haut de gamme rarement présents dans le secteur (climatisation centralisée, double exposition rare, etc.). Exemples rejetés : simple parquet, balcon classique, exposition sud, présence d'un ascenseur dans un immeuble standard.
Si le complément est contesté, le bailleur doit pouvoir le justifier devant la commission départementale de conciliation, puis le cas échéant devant le juge. La charge de la preuve lui incombe. En cas de rejet, le complément est annulé rétroactivement et les sommes doivent être restituées. Pour un investisseur, il est prudent de ne pas surévaluer ce complément : viser un loyer net de complément correct plutôt qu'un complément contestable.
Impact sur le rendement net : que retenir comme investisseur
L'impact de l'encadrement sur la rentabilité dépend fortement du segment et de la localisation. Dans les zones où les prix au m² ont fortement progressé sans hausse équivalente des loyers (Paris, Lyon centre, Bordeaux Chartrons), l'encadrement peut réduire de 5 à 15 % le loyer atteignable, ce qui dégrade mécaniquement le rendement brut. Sur un bien parisien acheté 12 000 €/m², passer de 30 à 26 €/m² de loyer fait perdre environ 50 €/mois sur un T2.
À l'inverse, dans les zones moins tendues (périphéries de Lyon, Marseille hors hypercentre), le marché libre se cale souvent en-dessous du LRM, et l'encadrement n'a aucun impact pratique. C'est un point crucial à vérifier avant tout investissement : comparer le loyer pratiqué sur les biens comparables au LRM en vigueur. Un écart négatif (marché < LRM) signifie que l'encadrement est inactif sur ce segment.
Stratégiquement, plusieurs leviers compensent l'encadrement. Le passage en LMNP (location meublée) bénéficie de plafonds de référence souvent plus élevés (+10 à 15 %), ce qui permet de retrouver une partie de la marge perdue. Le régime fiscal du LMNP avec amortissement reste très efficace pour neutraliser l'impôt sur le revenu généré. Enfin, les SCPI offrent une alternative passive qui mutualise les zones encadrées et non encadrées, comme analysé dans notre comparatif SCPI vs immobilier direct. Chez CPIM, l'arbitrage entre ces options se fait au cas par cas en fonction de la fiscalité du client et de son horizon.
Cas pratique chiffré 2026
Étudions le cas de Marc, investisseur lyonnais propriétaire d'un T2 de 42 m² rue Vendôme (3e arrondissement). Loyer historique pratiqué : 920 €/mois hors charges. LRM 2026 applicable à sa zone : 17,80 €/m² en location vide pour un T2 ancien, soit 747,60 €/mois. À la signature d'un nouveau bail vide en mars 2026, le loyer maximal théorique chute à 748 €, soit une perte mensuelle de 172 € et annuelle de 2 064 €.
Marc envisage trois scénarios. Scénario A : conserver en location vide encadrée. Rendement brut annuel : 8 976 € sur un bien valorisé 290 000 €, soit 3,09 %. Scénario B : basculer en LMNP meublé. LRM meublé applicable : 19,60 €/m² (majoration meublé), soit 823 €/mois plafond, mais avec ameublement de qualité Marc peut atteindre 850 € avec complément de loyer justifiable (cuisine équipée premium, climatisation, double exposition). Rendement brut : 10 200 €, soit 3,52 %.
Scénario C : revendre et basculer le capital en SCPI européennes hors zones encadrées (rendement net moyen 5,2 % en 2025). Après frais de revente et fiscalité plus-value (détention 11 ans), capital réemployable d'environ 248 000 €, générant 12 896 €/an de revenu net distribué. Le scénario C bat fiscalement les deux autres en rendement courant, mais perd le levier capital de l'immobilier direct et la possibilité de transmission démembrement.
Marc retient finalement le scénario B avec LMNP au régime réel. L'amortissement annuel du bien (estimé 6 800 €) absorbe l'intégralité du résultat fiscal pendant 12 ans. Sur 10 ans, ses revenus locatifs nets après impôts s'élèvent à 92 000 € contre 58 000 € en location vide encadrée au réel foncier. Gain net : +34 000 € pour un coût de transformation meublé de 8 500 €.
Comparaison avec les alternatives
Face à l'encadrement, trois alternatives stratégiques se présentent. Le bail mobilité (1-10 mois) reste soumis à l'encadrement pour le loyer principal mais permet une rotation rapide et l'absence de complément de loyer contestable. Convient en zone universitaire ou business ; rendement net inférieur au LMNP classique sur 12 mois.
La colocation à bail unique : certains arrêtés préfectoraux acceptent un plafond légèrement majoré (5-10 %) pour les colocations en bail unique, à condition de respecter les surfaces minimales et la conformité aménagement. Sur un T3 transformable en colocation 3 chambres, le revenu brut peut augmenter de 18 à 25 % versus location classique, sans bascule meublé. Plus exigeant en gestion mais permet de rester sous le régime des revenus fonciers.
L'arbitrage SCPI mérite d'être posé objectivement : les SCPI européennes (Pays-Bas, Allemagne, Espagne) offrent des rendements 2025 entre 4,8 et 6,1 %, soit nettement supérieurs au rendement net post-encadrement d'un bien parisien ou lyonnais. Comparé à un investissement LMNP au réel bien structuré, l'avantage SCPI est de mutualiser et de gérer le risque locatif ; l'avantage LMNP est de conserver l'effet de levier crédit et la fiscalité de l'amortissement. Voir le détail dans notre comparatif SCPI vs immobilier direct.
Les 5 erreurs à éviter
1. Mentionner un loyer supérieur au LRM sans justification. Un bail incorrect ouvre 3 ans de recours en restitution des trop-perçus. Sur un dépassement de 150 €/mois, l'addition peut atteindre 5 400 € + dommages-intérêts. Toujours vérifier l'arrêté préfectoral en vigueur à la date de signature.
2. Sur-évaluer le complément de loyer. Un complément contestable est annulé rétroactivement et expose à des pénalités. Privilégier un complément modeste (50-100 €) bien justifié à un complément ambitieux (200-300 €) fragile. Documenter photographiquement les caractéristiques exceptionnelles dès la signature.
3. Oublier la mention des trois loyers de référence dans le bail. Le bail doit indiquer le LR, le LRM et le loyer pratiqué. Une omission ouvre un contentieux automatique et l'impossibilité de réviser le loyer à la hausse pendant toute la durée du bail. C'est l'erreur formelle la plus fréquente.
4. Confondre encadrement et plafonnement. Les loyers en zone tendue sont aussi soumis à une limitation de la révision à la relocation (article 18 loi 1989) qui plafonne la hausse entre deux locataires à l'IRL. Cumuler les deux contraintes fait perdre de la marge dès la première rotation locative.
5. Ne pas anticiper les évolutions périmétriques. L'encadrement s'étend progressivement aux communes limitrophes des métropoles concernées. Un bien acquis hors zone aujourd'hui peut entrer dans le périmètre dans 2-3 ans. Vérifier les annonces préfectorales et intégrer cette probabilité dans le business plan d'acquisition.
FAQ pratique
Q : L'encadrement s'applique-t-il à mon bail en cours ? Non. L'encadrement vise les nouveaux baux, renouvellements et reconductions tacites. Un bail signé avant l'entrée en vigueur de l'arrêté préfectoral local reste valide à ses conditions initiales, mais à la prochaine signature il devra être mis en conformité.
Q : Puis-je facturer des charges au forfait pour compenser la baisse de loyer ? Pour le bail meublé classique et le bail mobilité, oui : les charges au forfait sont admises, à condition d'être proportionnées aux charges réelles. Une majoration excessive expose à un recours en restitution. Pour le bail vide, seules les charges au réel sont applicables.
Q : Le passage en location courte durée touristique permet-il d'échapper à l'encadrement ? Oui en théorie, mais cela suppose l'enregistrement en mairie, le respect des plafonds de jours (120 jours pour la résidence principale), et l'absence de basculement vers un usage purement commercial qui exigerait un changement d'usage et une compensation foncière dans les zones les plus tendues.
Q : Comment justifier un complément de loyer en pratique ? Le complément doit reposer sur des caractéristiques objectives et exceptionnelles, non comptées dans le LR. Documenter par photos datées, factures d'équipements premium, plans certifiant la surface ou la hauteur sous plafond. Joindre ces pièces au bail.
Q : Que faire si la commission départementale de conciliation refuse mon complément ? La décision n'est qu'une proposition de conciliation. Si le locataire ne saisit pas le juge dans les 3 mois, le complément reste applicable. À l'inverse, anticiper un repli de loyer si la conciliation rejette : budgéter un revenu locatif sans complément pour ne pas être pris au dépourvu.
À retenir
1. L'encadrement s'étend en 2026 à Lyon, Lille, Bordeaux et Marseille avec consolidation des périmètres et des arrêtés annuels. 2. Le complément de loyer reste possible mais resserré : documenter les caractéristiques exceptionnelles dès la signature pour éviter une contestation rétroactive sur 3 ans.
3. Le basculement LMNP meublé permet de récupérer 10-15 % de marge perdue via un LRM majoré, à combiner avec l'amortissement au régime réel pour neutraliser l'impôt. 4. L'arbitrage SCPI européennes peut être pertinent pour les patrimoines déjà consolidés cherchant à externaliser la gestion. 5. Toujours vérifier le LR/LRM en vigueur à la date de signature, intégrer les trois loyers de référence au bail, et anticiper les extensions périmétriques sur les communes limitrophes des métropoles.
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Le loyer de référence (LR) est établi annuellement à partir des données de l'OLAP (Observatoire Local des Loyers) pour chaque commune concernée. Le LRM est égal au LR augmenté de 20 %, et un loyer de référence minoré (LRMI) correspond au LR diminué de 30 %. Trois critères entrent dans le calcul : la zone géographique (souvent découpée en quartiers ou secteurs IRIS), le type de location (vide ou meublée), l'époque de construction du bâtiment.
Concrètement, à Paris, un T2 vide dans le 11e arrondissement, construit après 1990, aura par exemple un LRM autour de 28-32 €/m². À Lyon, dans la zone tendue centrale, le LRM d'un T2 ancien tourne autour de 14-16 €/m². Ces chiffres varient chaque année et doivent être vérifiés sur le site de l'Observatoire local au moment de la signature du bail.
Le bailleur a obligation d'indiquer dans le bail le LR, le LRM et le loyer pratiqué. Tout manquement ouvre droit pour le locataire à une action en diminution du loyer, avec restitution des trop-perçus sur les trois dernières années. Une rigueur documentaire est donc indispensable, surtout pour un investisseur multi-biens.