
DPU : droit de préemption urbain expliqué
Régime juridique du DPU : textes et objectifs
Le droit de préemption urbain (DPU) est codifié aux articles L211-1 et suivants du Code de l'urbanisme. Il permet à une commune (ou à un établissement public de coopération intercommunale délégataire) d'acquérir prioritairement les biens immobiliers situés dans des zones préalablement délimitées, lorsqu'ils font l'objet d'une mutation à titre onéreux. Cette prérogative publique vise à mettre en œuvre les politiques d'urbanisme (logement social, équipements publics, zones d'activité, espaces verts).
Deux types de DPU : le DPU simple (article L211-2), qui peut être institué dans les zones urbaines et à urbaniser des PLU ; le DPU renforcé (article L211-4), qui étend la préemption à certains biens normalement exclus (lots de copropriété, immeubles construits depuis moins de 10 ans), institué par délibération spéciale du conseil municipal.
En 2026, environ 17 500 communes françaises ont institué un DPU. 38 000 préemptions communales sont exercées chaque année, dont 65 % à Paris, Lyon, Marseille et leurs périphéries. Le taux d'exercice effectif (préemption suivie de l'acquisition) est d'environ 55 %, les autres dossiers se concluant par un retrait de la commune ou un contentieux. Voir aussi notre dossier droit de préemption du locataire.
DIA : déclaration d'intention d'aliéner
Tout propriétaire d'un bien situé en zone de préemption doit, avant de vendre, déposer une déclaration d'intention d'aliéner (DIA) à la mairie. Cette déclaration est en pratique faite par le notaire chargé de la vente, à partir du compromis signé. Elle comporte : identification précise du bien (références cadastrales, surface, descriptif), prix de vente convenu, identité de l'acheteur, conditions de la vente, éventuelles servitudes ou particularités.
La commune dispose alors de 2 mois pour : notifier sa renonciation à préempter (la vente peut se poursuivre librement) ; notifier sa décision de préempter au prix proposé (elle se substitue à l'acheteur) ; notifier sa décision de préempter à un prix inférieur (la vente est bloquée, le vendeur peut accepter le prix, le refuser ou demander la fixation judiciaire du prix).
Le silence de la commune pendant 2 mois vaut renonciation à préempter. Mais attention : ce silence ne court qu'à compter d'une DIA complète et régulière. Toute lacune ou imprécision dans la DIA peut prolonger les délais. Le notaire doit donc vérifier minutieusement le contenu avant dépôt.
Préemption au prix proposé vs préemption au prix réduit
Préemption au prix proposé : la commune se substitue purement et simplement à l'acheteur initial, aux mêmes conditions. La vente est conclue entre le vendeur et la commune, dans un délai de 3 mois après notification. Le vendeur n'a pas de recours : il avait accepté de vendre à ce prix, il vend simplement à un autre acquéreur. L'acheteur initial perd l'affaire et peut demander dommages-intérêts uniquement en cas de préemption irrégulière.
Préemption au prix réduit : la commune estime le prix excessif et propose un prix inférieur (généralement 70 à 85 % du prix DIA). Le vendeur dispose de 2 mois pour accepter, refuser ou demander la fixation du prix par le juge de l'expropriation. En cas de refus pur et simple, la vente est annulée et le vendeur conserve son bien, mais ne peut plus le vendre au prix DIA initial pendant 5 ans (sauf à recommencer une nouvelle procédure de DIA).
La fixation judiciaire du prix se fait devant le juge de l'expropriation, à partir d'une expertise contradictoire. Le coût de la procédure est élevé (4 000 à 9 000 €) et la durée longue (12 à 18 mois). Le juge tranche entre les estimations et fixe un prix définitif qui s'impose aux deux parties. Voir aussi notre dossier clauses suspensives du compromis.
Motifs valables et contentieux
La commune ne peut pas préempter pour n'importe quel motif : la décision de préemption doit être motivée par un projet d'intérêt général identifié dans le PLU ou dans une délibération spécifique du conseil municipal. Les motifs valables : réalisation de logements sociaux, création d'équipements publics (école, crèche, gymnase), aménagement d'espaces verts, restructuration de quartier, zones d'activité économique, lutte contre l'habitat indigne.
Une préemption non motivée ou motivée par un projet imaginaire est annulable devant le juge administratif. Le contentieux porte aussi sur le détournement de pouvoir (préemption au profit déguisé d'un particulier ou pour éviter une vente à un acheteur indésirable), sanctionné systématiquement par la jurisprudence. Le taux d'annulation contentieuse est d'environ 8 % des préemptions contestées.
L'acheteur initial évincé peut contester la préemption dans un délai de 2 mois devant le tribunal administratif. S'il obtient l'annulation, la commune doit lui restituer le bien (si encore détenu) ou lui verser des dommages-intérêts couvrant la perte de l'affaire (différence entre valeur réelle et prix payé, frais déjà engagés, préjudice moral éventuel).
Cas particuliers : parts de SCI, dations, échanges
Cession de parts de SCI détenant le bien : la préemption ne joue pas en principe, car la cession porte sur des parts sociales et non sur l'immeuble. Toutefois, depuis la loi ALUR (2014), le DPU renforcé peut couvrir les cessions de parts d'une SCI dont l'actif est principalement immobilier, lorsque la cession porte sur la majorité du capital. Le DPU s'applique alors comme pour une vente directe.
Dation en paiement : transmission d'un bien immobilier en règlement d'une créance. Le DPU s'applique au prix de référence de la dation. La commune peut préempter et verser le prix au créancier qui aurait reçu le bien.
Échanges immobiliers : deux propriétaires échangent leurs biens, éventuellement avec soulte. Le DPU s'applique sur chaque bien individuellement, à condition que la valeur soit identifiable. Procédure complexe rarement utilisée par les communes.
Vente aux enchères publiques : la commune peut préempter à la fin des enchères, dans un délai de 30 jours suivant l'adjudication. Mécanisme spécifique qui peut bloquer certaines opérations d'optimisation patrimoniale.
Stratégie pour vendeurs et acquéreurs en 2026
Pour le vendeur : vérifier dès la mise en vente si le bien est situé en zone de préemption (consulter le PLU en mairie ou en ligne via le Géoportail de l'urbanisme). Anticiper le risque de préemption dans le calendrier de vente : 2 mois pour la réponse de la commune, plus délais pour réalisation. Fixer un prix de DIA cohérent avec les estimations des Domaines (référence de la commune) : un prix excessif augmente le risque de préemption au prix réduit.
Pour l'acquéreur : prévoir une clause suspensive de non-préemption dans le compromis. Cette clause permet de récupérer le dépôt de garantie en cas de préemption. Anticiper psychologiquement le risque dans certains quartiers à fort taux de préemption (centre de Paris, Lyon Croix-Rousse, certaines communes du 93 et du 94). Le délai d'attente de la réponse municipale peut générer du stress et compromettre d'autres opportunités.
Pour les opérations sensibles (lotissements, ensembles immobiliers, immeubles à fort potentiel) : prendre conseil auprès d'un notaire spécialisé et éventuellement d'un avocat en droit public dès la phase préparatoire. Anticiper d'éventuelles négociations pré-DIA avec la commune. Voir aussi notre dossier vices cachés : recours acheteur pour les autres risques de la transaction.
Sources & ressources officielles
À propos de l'auteur
À découvrir également
Continuez la lecture.
- 01Ville du quart d'heure et impact sur les prixLe concept de ville du quart d'heure, théorisé par Carlos Moreno et appliqué à Paris, Nantes, Rennes, transforme la valorisation immobilière. La proximité des services génère une prime de 5 à 12 % sur les prix. Décryptage pour investisseurs.
- 02DPE 2026 : ce qui change pour les bailleursLe calendrier d'interdiction des passoires thermiques s'accélère en 2026. Tour d'horizon des obligations bailleur, des dérogations possibles et des sanctions encourues.
- 03Encadrement des loyers : nouvelles villes 2026L'encadrement des loyers s'étend en 2026 à plusieurs grandes métropoles. Méthode de calcul du plafond, complément de loyer et impact concret sur la rentabilité locative.



