Donation-partage d'un bien locatif : montage optimisé
Mis à jour : juin 2026
Donation simple vs donation-partage : la différence clé
Réponse rapide
Comment réduire les droits en transmettant un bien locatif par donation-partage ?
La donation-partage fige la valeur du bien au jour de l'acte (article 1078 du Code civil) et, combinée à une donation de la seule nue-propriété avec réserve d'usufruit, taxe une base réduite : pour un donateur de 61 à 70 ans, la nue-propriété vaut 60 % de la pleine propriété (barème article 669 du CGI). Chaque parent applique en plus un abattement de 100 000 € par enfant, renouvelable tous les 15 ans.
- ✓Donation-partage = acte notarié obligatoire qui fige la valeur des lots au jour de l'acte, évitant la réévaluation au décès et les conflits successoraux (art. 1078 Code civil)
- ✓Avec réserve d'usufruit, les droits portent seulement sur la nue-propriété : sa valeur croît avec l'âge du donateur (60 % de la pleine propriété entre 61 et 70 ans, barème art. 669 CGI)
- ✓Abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, reconstitué tous les 15 ans (impots.gouv.fr)
- ✓Le donateur usufruitier continue de percevoir les loyers du bien transmis
La donation simple (entre parent et enfant) transmet un bien à un seul bénéficiaire à un instant donné. À l'ouverture de la succession, ce bien fera l'objet d'une réévaluation au jour du décès (rapport à la succession), ce qui peut créer des déséquilibres entre cohéritiers si la valeur a fortement évolué entre la donation et le décès.
La donation-partage (article 1075 et suivants du Code civil) est un acte notarié unique qui transmet simultanément plusieurs biens à plusieurs enfants, avec un effet majeur : les biens donnés sont évalués au jour de la donation-partage, et cette valeur reste figée pour le règlement de la succession. Aucune réévaluation, aucune contestation entre cohéritiers possible si tous ont accepté l'acte.
Pour un bien locatif, la donation-partage présente un intérêt patrimonial double : elle anticipe la transmission (parents 55-70 ans) et fige la valeur fiscale, ce qui protège les enfants si le marché immobilier continue de progresser. Voir notre dossier transmission par démembrement pour combiner donation-partage et démembrement.
Avantages spécifiques pour un bien locatif
Avantage 1 : gel de la valeur. Un bien locatif acquis 250 k€ en 2010 vaut probablement 380-420 k€ en 2026. Sans donation-partage, à l'ouverture de la succession dans 15 ans, le bien sera réévalué à 500-600 k€, créant une plus-value successorale taxée à 20 % ou 30 % chez chaque héritier. Avec donation-partage, la valeur fiscale reste à 380-420 k€ pour le règlement successoral.
Avantage 2 : transmission des revenus. Si les parents donnent la pleine propriété, les loyers basculent immédiatement chez l'enfant donataire, souvent dans une TMI inférieure (jeune actif TMI 11 % ou 30 % au lieu de la TMI 41 % des parents retraités aisés). L'économie d'impôt sur les revenus fonciers peut représenter 5 à 12 k€/an selon la situation.
Avantage 3 : démembrement combiné. La donation-partage peut porter sur la nue-propriété seule, les parents conservant l'usufruit (et donc les loyers) à vie. À leur décès, l'usufruit s'éteint sans nouvelle imposition, les enfants reçoivent la pleine propriété en franchise totale.
Étapes notariales détaillées
Étape 1 : inventaire patrimonial. Liste de tous les biens à transmettre (le bien locatif + autres biens éventuels). Évaluation par expert immobilier (recommandé pour figer la valeur de manière incontestable).
Étape 2 : projet d'acte par le notaire. Le notaire rédige un projet de donation-partage qui détaille les biens, leur valeur, les bénéficiaires et leurs parts respectives. Pour un bien locatif unique attribué à un enfant, les autres enfants reçoivent une soulte en numéraire ou d'autres biens (équilibre du partage).
Étape 3 : accord des cohéritiers. Tous les enfants (ou tous les héritiers présomptifs) doivent signer l'acte. C'est ce qui rend la donation-partage incontestable : chaque enfant accepte le partage et renonce à toute contestation ultérieure sur la valeur.
Étape 4 : signature et enregistrement. Acte signé devant notaire, enregistré aux services fiscaux. Droits de donation calculés en intégrant les abattements (100 k€ par parent par enfant tous les 15 ans).
Coût notarial : barème national, environ 2 à 2,5 % de la valeur transmise pour un bien immobilier, plafonnés. Pour 400 k€ transmis, comptez 9 à 11 k€ d'émoluments notariaux et frais divers.
Cas pratique chiffré 2026 : T3 locatif transmis
Profil : M. et Mme Dupont, 62 et 60 ans, propriétaires d'un T3 locatif à Lyon acquis 195 k€ en 2010, valorisé 385 k€ en 2026, générant 14 400 €/an de loyers nets (TMI parents 41 %). Deux enfants : Marie 32 ans (TMI 30 %) et Paul 29 ans (TMI 11 %).
Scénario A : pas de donation-partage. À l'ouverture de la succession dans 20 ans (parents 82 et 80 ans), le bien vaut 520 k€ (hypothèse 1,5 %/an de revalorisation). Réévaluation successorale : 520 k€. Après abattements 100 k€ par parent par enfant utilisés, droits successoraux sur 320 k€ taxables à 20 % = 64 k€. Loyers cumulés sur 20 ans dans la TMI parents 41 % : pression fiscale 142 k€.
Scénario B : donation-partage 2026. Donation-partage du bien à Marie, soulte de 192,5 k€ versée à Paul (équilibre 50/50). Valeur du bien transmise figée à 385 k€. Abattements utilisés Marie (200 k€ couple-enfant), reliquat taxable 185 k€ à environ 16 % : droits 14,5 k€. Loyers basculent chez Marie (TMI 30 %) : pression fiscale 20 ans environ 100 k€.
Différentiel scénario B vs A : droits successoraux évités 49,5 k€, économie fiscale sur loyers 42 k€. Total gain net pour la famille : environ 91,5 k€ sur 20 ans, minoré des 11 k€ de frais notariaux du scénario B. Gain net : 80,5 k€.
Variante : donation-partage démembrée
La variante la plus puissante en 2026 combine donation-partage et démembrement de propriété. Au lieu de transmettre la pleine propriété du bien, les parents transmettent uniquement la nue-propriété en conservant l'usufruit à vie.
Pour le même bien (385 k€), avec des parents de 60 et 62 ans (barème CGI 669 : usufruit 40 %, NP 60 %), la valeur de la nue-propriété transmise est de 385 k€ × 60 % = 231 k€. Abattements couvrent intégralement cette valeur (200 k€ couple-enfant + marge pour le second enfant ou soulte minorée).
Les parents continuent de percevoir les loyers à leur taux marginal (41 %), mais l'effet successoral est massif : à leur décès, l'usufruit s'éteint, les enfants récupèrent la pleine propriété sans nouveau droit. Sur le bien valorisé 520 k€ au décès, droits évités : environ 75 k€.
Cette variante est particulièrement pertinente pour les parents souhaitant conserver les loyers (revenus de retraite) tout en sécurisant la transmission. Le gain net cumulé approche souvent 100-130 k€ sur 20 ans.
Pièges à éviter dans le montage
Piège 1 : sous-évaluation du bien. Tentation de figer une valeur basse au jour de la donation-partage pour minorer les droits. Risque de redressement fiscal sur abus de droit si l'écart avec la valeur de marché est significatif. L'expertise indépendante est protectrice.
Piège 2 : déséquilibre du partage. Un enfant qui reçoit moins que les autres peut contester la donation-partage en cas de litige familial ultérieur, malgré sa signature initiale, en invoquant la lésion du quart. Veiller à un équilibre clair, documenté par les valeurs d'expertise.
Piège 3 : oubli de la réserve héréditaire. La donation-partage ne peut empiéter sur la réserve héréditaire (part minimale que chaque enfant doit recevoir). Pour 2 enfants, la réserve est de 1/3 chacun. Pour 3 enfants ou plus, 3/4 du patrimoine est réservé. Le calcul doit intégrer tout le patrimoine futur des parents, pas seulement le bien donné.
Piège 4 : confusion avec la donation simple. Une donation simple à un seul enfant N'EST PAS une donation-partage. Pour bénéficier du gel de valeur, il faut un acte de donation-partage spécifique signé par tous les héritiers présomptifs.
À retenir
Donation-partage = gel de la valeur au jour de l'acte, incontestable par les cohéritiers.
Trois bénéfices clés pour un bien locatif : anticipation transmission, basculement des loyers vers une TMI inférieure, sécurisation valeur successorale.
Variante démembrée : la plus puissante, parents conservent l'usufruit (et les loyers), enfants reçoivent la NP en franchise quasi-totale.
Coût notarial : 2 à 2,5 % de la valeur transmise, largement compensé par les gains fiscaux long terme.
Quand activer : idéalement entre 55 et 70 ans côté parents, en concertation avec tous les enfants pour garantir l'acceptation et la pérennité de l'acte.
Sources & ressources officielles
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