
Donation de bois et forêts : défiscalisation 75 % en 2026
Régime Monichon : principe et historique
Le régime fiscal des bois et forêts, dit « régime Monichon » en référence au député Hervé Monichon initiateur du dispositif en 1959, accorde en 2026 un abattement de 75 % sur la valeur des bois et forêts transmis par donation ou succession, à condition de respecter un engagement de gestion durable d'une durée de 30 ans. Concrètement, sur une parcelle forestière évaluée 200 000 €, l'assiette des droits de mutation est ramenée à 50 000 € seulement, ce qui permet souvent de transmettre dans le cadre des abattements DMTG sans aucun droit dû.
Le dispositif a été conçu pour favoriser la gestion forestière durable et l'investissement dans la filière bois française. Il s'applique aux propriétés forestières individuelles, aux parts de groupements forestiers (GFF), et aux parts de groupements fonciers agricoles (GFA) ayant une activité sylvicole. Le régime est codifié à l'article 793 du Code général des impôts et reste l'un des dispositifs de défiscalisation patrimoniale les plus puissants encore en vigueur en 2026, parfois qualifié de « niche fiscale historique ».
L'abattement de 75 % ne s'applique qu'à la valeur des bois et forêts proprement dits (terrains + peuplements), pas aux constructions éventuelles (maison forestière, bâtiments d'exploitation) qui restent taxées en pleine valeur. La frontière est généralement claire mais peut donner lieu à expertise contradictoire pour les propriétés mixtes (manoir + chasse + bois). Voir notre dossier optimisation TMI 30 %.
Conditions d'application 2026
Condition 1 : engagement de gestion durable sur 30 ans. Le bénéficiaire de la donation ou succession s'engage à appliquer pendant 30 ans un plan simple de gestion (PSG) approuvé par le Centre Régional de la Propriété Forestière (CRPF) pour les propriétés > 25 hectares, ou un document de gestion (DG) pour les propriétés < 25 hectares (Code de gestion durable, règlement type de gestion). À défaut de respect, perte rétroactive de l'abattement et complément de droits à verser avec intérêts de retard.
Condition 2 : certification de l'administration. Avant l'acte de donation ou succession, le propriétaire doit obtenir un certificat délivré par la Direction Départementale des Territoires (DDT) attestant que les bois et forêts répondent aux critères de gestion durable. Ce certificat est exigé à l'enregistrement de l'acte. Délai d'obtention typique : 2 à 6 mois, à anticiper dans la planification de la transmission.
Condition 3 : production d'un bilan décennal. Tous les 10 ans (sur les 30 ans d'engagement), le bénéficiaire doit produire un bilan de gestion sylvicole attestant du respect du plan. Document soumis au CRPF qui transmet à l'administration fiscale. Coût typique : établissement et suivi du PSG par un expert forestier, 800 à 2 500 €/décennie selon la taille.
Condition 4 : usage forestier maintenu. Si le bénéficiaire défriche, urbanise, ou modifie l'usage des sols, perte rétroactive de l'abattement. Cas particulier : cession volontaire d'une partie du domaine forestier : prorata du complément de droits dû, sans pénalité sur la fraction conservée.
Calcul de l'avantage fiscal et cumul avec abattements DMTG
Le calcul de l'abattement 75 % est appliqué AVANT les abattements DMTG classiques en ligne directe ou collatérale. Sur 400 000 € de bois et forêts transmis par donation père-enfant : abattement Monichon 300 000 €, valeur taxable 100 000 €. Abattement DMTG ligne directe 100 000 €/parent/enfant tous les 15 ans : épuisé. Droits de donation dus : 0 €. Économie totale par rapport à un bien immobilier classique transmis (où il n'y aurait que l'abattement DMTG 100 k€) : 50 000 € environ (barème progressif 5 à 20 % sur 300 k€).
Pour les donations frères/sœurs : abattement DMTG 15 932 € seulement, barème 35 à 45 %. Sur 400 k€ de bois transmis frère-frère, abattement Monichon ramène à 100 k€, abattement DMTG à 84 068 €, droits 35 % × 84 068 = 29 424 €. Versus bien immobilier classique 400 k€ : droits = 35 % × 384 068 + 45 % × 0 = 134 424 € (avec progression). Économie nette grâce au Monichon : 105 000 €.
Cumul avec dispositifs niche fiscale : le régime Monichon n'est pas plafonné par le plafonnement global des niches fiscales (10 k€/an) car il agit sur les DMTG, pas sur l'IR. Cumul possible avec PER, FCPI, FIP, Madelin, sans interférence. Pour les ISF/IFI : pas d'exonération IFI sauf cas spécifiques (forêt exploitée commercialement). Les bois et forêts sont donc imposables IFI sur leur valeur pleine (sauf exonération spécifique 75 % IFI pour les bois ayant un PSG : oui, abattement 75 % s'applique aussi à l'IFI sous mêmes conditions).
Groupements Forestiers (GFF) : alternative au foncier direct
Pour un investisseur sans expertise forestière, l'acquisition de parts de Groupement Forestier (GFF) permet de bénéficier du régime Monichon sans gestion personnelle. Les GFF sont des sociétés civiles spécialisées détenant des massifs forestiers gérés par des experts forestiers. Tickets d'entrée typiques : 5 000 à 25 000 € minimum, parts cessibles sur marché secondaire (liquidité limitée, ne pas s'attendre à céder rapidement).
Rendement annuel des GFF : 1 à 2,5 % en distribution courante (coupes commerciales), 2 à 4 % en revalorisation des parts (croissance biologique + appréciation du foncier forestier). Rendement total nominal 3 à 6 %/an sur le très long terme. Fiscalité des distributions : revenus fonciers ou BIC selon le type de coupe, avec abattement 30 % en micro-foncier généralement applicable (recettes < 23 k€/an).
Avantage fiscal Monichon sur parts GFF : abattement 75 % sur la valeur des parts transmises par donation ou succession, sous conditions d'engagement de conservation 5 ans (versus 30 ans pour foncier direct, simplification majeure). Idéal pour les investisseurs patrimoniaux structurés cherchant à transmettre 200 à 500 k€ de valeur avec optimisation DMTG, sans contrainte de gestion forestière.
Réduction d'IR à la souscription de parts GFF : 18 % du montant investi, plafonné à 50 000 €/an pour un couple (donc réduction maximum 9 000 €/an). Conditions : parts conservées 8 ans minimum. Cumul possible avec FCPI/FIP dans le plafonnement global 18 k€/an. Voir crédit d'impôt bailleur solidaire.
Fiscalité des revenus forestiers 2026
Les revenus tirés de l'exploitation forestière (vente de coupes, baux de chasse, baux de pêche, locations de chasse) suivent en 2026 un régime fiscal allégé. Le forfait forestier est applicable aux propriétés de moins de 10 hectares en bois et forêts : imposition forfaitaire calculée selon le revenu cadastral forestier (très bas, typiquement 30 à 80 €/hectare/an), ce qui aboutit à une imposition quasi nulle.
Au-delà de 10 hectares ou sur option, régime du bénéfice réel agricole (BA) avec déduction des charges d'exploitation forestière (entretien, sylviculture, plans, conseils, voirie forestière, plantations). Les revenus de coupe sont imposables à l'IR au barème (TMI + PS 17,2 %) avec possibilité de lissage sur 4 ans (système du quotient) pour les revenus exceptionnels (coupe rase). Mécanisme adapté car les coupes forestières sont par nature exceptionnelles (cycles 50 à 200 ans selon les essences).
Sinistres et calamités forestières : exonération de droits de mutation pour les coupes contraintes (incendie, tempête, dépérissement), sous conditions de reconstitution. Crédit d'impôt rénovation forestière de 18 % jusqu'à 6 250 €/an pour les travaux de plantation, élagage, entretien et voirie. Cumul possible avec Monichon et GFF.
Cas pratique consolidé 2026
Profil : chef d'entreprise 58 ans, patrimoine global 4,5 M€, dont 3,2 M€ immobilier (IFI dû environ 13 k€/an), objectif transmission 2 enfants. Souhait : diversifier patrimoine et préparer transmission avec optimisation fiscale.
Stratégie année 1 : Acquisition 350 k€ en parts GFF via 3 véhicules (diversification géographique massifs résineux Sud-Ouest, feuillus Centre, chêne premium Bourgogne). Réduction IR : 18 % × 50 k€ plafond = 9 k€. Bois et forêts sortent partiellement de l'assiette IFI : abattement 75 % IFI, base IFI réduite de 262 k€, économie IFI 1 835 €/an.
Stratégie année 3 : Donation 300 k€ de parts GFF aux 2 enfants (150 k€/enfant). Abattement Monichon 75 % : valeur taxable 37,5 k€/enfant. Abattement DMTG 100 k€/parent/enfant : épuisé partiellement (37,5 k€ utilisés, reste 62,5 k€ pour 15 ans). Droits de donation dus : 0 €/enfant. Économie versus immobilier classique 150 k€ : environ 7 k€/enfant.
Stratégie année 10 : Renouvellement donation 100 k€ supplémentaires en parts GFF (suite 15 ans après abattement initial). Abattement Monichon 75 %, abattement DMTG plein renouvelé. Transmission cumulée 250 k€/enfant sans droits, soit 500 k€ pour les 2 enfants.
Bilan optimisation 10 ans : 500 k€ transmis sans droits (économie 80 à 100 k€ vs immobilier classique), 9 k€ réduction IR initiale, 18 k€ d'économie IFI cumulée, 18 k€ de réduction d'IR sur travaux forestiers déductibles. Total avantage fiscal : 125 à 145 k€ sur 10 ans, soit 35 à 40 % des montants engagés.
À retenir
1. Régime Monichon : abattement 75 % sur les DMTG (donation et succession) pour bois et forêts, sous engagement de gestion durable 30 ans (foncier direct) ou conservation 5 ans (parts GFF).
2. Cumul avec abattements DMTG classiques : permet de transmettre 300 à 400 k€/enfant tous les 15 ans sans droits.
3. GFF : alternative au foncier direct, ticket d'entrée 5 à 25 k€, réduction IR 18 % à la souscription (plafond 9 k€/an couple).
4. Abattement 75 % applicable aussi à l'IFI sur les bois et forêts ayant un PSG. Voir stratégies IFI.
5. Crédit d'impôt rénovation forestière 18 % pour travaux jusqu'à 6 250 €/an. Cumul possible avec dispositifs Monichon et GFF.
Sources & ressources officielles
À propos de l'auteur
À découvrir également
Continuez la lecture.
- 01Donation immobilière : stratégie 2026La donation immobilière reste le levier principal de transmission patrimoniale en France. Régime civil 2026, fiscalité, abattements, démembrement, donation-partage, optimisations. Guide pour familles et conseillers.
- 02DPE 2026 : ce qui change pour les bailleursLe calendrier d'interdiction des passoires thermiques s'accélère en 2026. Tour d'horizon des obligations bailleur, des dérogations possibles et des sanctions encourues.
- 03Encadrement des loyers : nouvelles villes 2026L'encadrement des loyers s'étend en 2026 à plusieurs grandes métropoles. Méthode de calcul du plafond, complément de loyer et impact concret sur la rentabilité locative.



