
Dégât des eaux : qui paie quoi en pratique
Les premières 72 heures : déclaration et constat
Un dégât des eaux doit être déclaré à l'assurance dans un délai de 5 jours ouvrés à compter de sa découverte. Ce délai est court et incompressible : une déclaration tardive peut entraîner un refus de prise en charge, surtout si le retard a aggravé les dommages. Le bailleur doit donc être joignable, ou désigner un mandataire (gestionnaire, syndic) en cas d'absence prolongée.
Le premier réflexe est l'identification de l'origine du sinistre : fuite chez un voisin, rupture de canalisation dans le logement, infiltration depuis la toiture ou la façade, refoulement des eaux usées. Cette identification conditionne la responsabilité et l'assureur compétent. Un constat amiable dégâts des eaux, signé par toutes les parties concernées (locataire, voisin, syndic), formalise les faits et accélère le règlement.
Si l'origine est commune (parties communes de la copropriété), la déclaration doit également être faite au syndic, qui mobilise l'assurance multirisque immeuble. Cette double déclaration est souvent oubliée, et bloque le règlement plusieurs semaines. Une routine : déclarer simultanément à son propre assureur PNO et au syndic dès la découverte des faits.
PNO, MRH locataire : qui couvre quoi
L'assurance Propriétaire Non Occupant (PNO) couvre les dommages causés au bien immobilier lui-même : murs, plafonds, sols, équipements installés à demeure. Elle protège également le bailleur en responsabilité civile s'il est à l'origine du sinistre (vétusté de canalisation, défaut d'entretien). Le coût moyen d'une PNO est de 100 à 200 € par an pour un appartement classique. Elle est devenue obligatoire pour tout bailleur dans le cadre d'une copropriété depuis la loi ALUR.
L'assurance Multirisque Habitation (MRH) du locataire couvre quant à elle ses propres meubles et effets personnels, ainsi que sa responsabilité civile vis-à-vis des tiers (voisins, bailleur). Elle est obligatoire pour le locataire et doit être justifiée chaque année par une attestation. Si le sinistre vient du locataire (machine à laver qui déborde, baignoire laissée ouverte), c'est sa MRH qui prend en charge.
La distinction est cruciale en pratique. Un parquet abîmé par une fuite d'une canalisation encastrée : c'est le bailleur via PNO. Un parquet abîmé par un débordement de la baignoire du locataire : c'est le locataire via MRH. Un parquet abîmé par une fuite du voisin du dessus : c'est l'assureur du voisin via convention. La détermination claire de l'origine évite des mois de blocages entre assureurs.
Conventions CIDRE et CIDE-COP : règlement entre assureurs
La convention CIDRE (Convention d'Indemnisation Directe et de Renonciation à Recours en dégâts des Eaux) simplifie le règlement pour les sinistres inférieurs à 5 000 € HT en dommages matériels et 1 600 € en dommages immatériels. Chaque assureur indemnise directement son assuré, sans expertise contradictoire ni recours entre assureurs. Le règlement est rapide : 2 à 4 semaines après le constat amiable.
Au-delà de ces seuils, la convention CIDE-COP (Convention d'Indemnisation des Dégâts des Eaux en Copropriété) prend le relais. Elle suppose une expertise contradictoire entre les assureurs concernés, ce qui ralentit le règlement (2 à 6 mois) mais permet une indemnisation plus fine. Le bailleur n'intervient pas directement dans ces conventions, qui se règlent entre professionnels.
Le bailleur reste cependant exposé sur deux postes : la franchise PNO (généralement 150 à 300 €, parfois plus selon le contrat) et les travaux non couverts par l'assurance (améliorations, vétusté excessive non garantie). Pour un dégât des eaux moyen, le reste à charge réel du bailleur se situe entre 200 et 800 €. Bien lire son contrat PNO permet d'identifier les exclusions et de négocier une franchise réduite à la souscription.
Erreurs fréquentes et bonnes pratiques bailleur
L'erreur la plus coûteuse est l'oubli de la déclaration au syndic. Si le sinistre a affecté des parties communes (cage d'escalier, plafond du palier, conduits techniques), seul le syndic peut mobiliser l'assurance multirisque immeuble. Une déclaration uniquement à la PNO laisse les dommages des parties communes non couverts, et le bailleur peut se voir refacturer par la copropriété ultérieurement.
Deuxième erreur : l'absence d'état des lieux numérique avant sinistre. Sans photos datées du logement avant les dommages, il devient difficile de prouver l'ampleur des dégâts et le bon état antérieur. Les assureurs peuvent invoquer la vétusté préexistante pour réduire l'indemnisation. Un bailleur sérieux conserve des photos haute définition de chaque pièce au moins une fois par an.
Enfin, il faut anticiper les travaux d'entretien préventif. Une canalisation vétuste, un joint de baignoire abîmé, une vanne d'arrêt grippée : autant de causes fréquentes de dégâts des eaux que des contrôles bisannuels permettent d'éviter. Ces dépenses d'entretien sont par ailleurs déductibles en charges dans le calcul des revenus fonciers, et peuvent contribuer à un déficit foncier si elles dépassent les loyers perçus sur l'exercice.
Cas pratique chiffré 2026
Un bailleur reçoit un appel de son locataire un dimanche soir : fuite importante depuis la salle de bains du voisin du dessus, plafond imbibé, parquet ondulé. Déclaration au syndic et à l'assureur PNO le lundi matin. Constat amiable dégâts des eaux signé entre voisins le mercredi.
Évaluation du sinistre : réfection plafond 1 200 €, ponçage et reprise parquet 2 800 €, peinture murs 950 €, expertise 0 € (CIDRE applicable, sinistre < 5 000 €). Total dommages bailleur : 4 950 €. Franchise PNO : 250 €. Indemnisation nette : 4 700 €, versée 4 semaines après le constat.
Charges accessoires : relogement temporaire du locataire pendant les travaux (1 semaine) = 600 €, perte locative 1 semaine = 220 €. Ces postes sont couverts par la GLI premium si souscrite (option pertes d'exploitation), à hauteur de 80 %. Sans cette option, charge nette pour le bailleur : 820 €.
Coût total net du sinistre pour le bailleur : 250 € (franchise) + 820 € (charges accessoires) = 1 070 €, partiellement déductible au régime réel foncier (la franchise et les charges non couvertes sont déductibles à TMI 30 % + 17,2 % PS, soit une économie d'impôt de 505 €). Coût final : 565 €, à comparer aux 4 950 € de dommages bruts.
Comparaison avec les alternatives
Trois niveaux de couverture coexistent. Premier : la PNO standard. Coût 100-200 €/an, franchise 150-300 €, couverture des dommages immobiliers et de la responsabilité civile bailleur. Obligatoire en copropriété depuis ALUR. Suffisant pour la grande majorité des bailleurs.
Deuxième : la PNO premium avec options. Coût 180-300 €/an, franchise réduite à 100-150 €, options pertes locatives, relogement, dégradations locataire. Pertinent pour les biens haut de gamme, les meublés équipés ou les bailleurs multi-biens cherchant à mutualiser le risque.
Troisième : l'auto-assurance (pas de PNO en location nue, possible hors copropriété). Risque maximal sur le bailleur, dispense de prime mais expose à des sinistres potentiellement ruineux (10 000-30 000 € pour un dégât des eaux majeur). Très rarement rationnel.
Comparaison sur 20 ans de détention : PNO standard = 3 000 € de primes, franchises cumulées estimées 800 € ; PNO premium = 4 800 € de primes, franchises 400 € ; auto-assurance = 0 € de primes, risque maximum estimé 15 000-25 000 € sur la période. La PNO standard reste le meilleur ratio coût/protection.
Les 5 erreurs à éviter
1. Déclarer le sinistre uniquement à l'assureur PNO. Si les parties communes sont touchées (cage d'escalier, plafonds des paliers), seul le syndic peut mobiliser l'assurance multirisque immeuble. Une déclaration uniquement à la PNO laisse les dommages des parties communes non couverts.
2. Dépasser le délai de 5 jours ouvrés. La déclaration doit être faite à l'assureur dans ce délai sous peine de refus de prise en charge (si le retard a aggravé les dommages). Pour les bailleurs absents, désigner un mandataire (gestionnaire, syndic) garantit la réactivité.
3. Ne pas signer le constat amiable contradictoire. Sans constat signé par toutes les parties (locataire, voisin, syndic), les assureurs peuvent contester la responsabilité et bloquer le règlement plusieurs mois. Le constat amiable est la clé d'un règlement rapide via CIDRE.
4. Confondre PNO et MRH locataire. La PNO couvre les dommages au bien immobilier ; la MRH du locataire couvre ses meubles et sa responsabilité. Si le sinistre vient du locataire, c'est sa MRH qui est mobilisée, pas la PNO. Bien identifier l'origine évite des allers-retours stériles.
5. Négliger l'entretien préventif. Une canalisation vétuste, un joint de baignoire abîmé, une vanne grippée : causes fréquentes de sinistres évitables par contrôles bisannuels. Ces dépenses sont déductibles en charges foncières et peuvent générer du déficit foncier.
FAQ pratique
Q : La PNO est-elle obligatoire pour un bailleur ? Oui, depuis la loi ALUR (2014), elle est obligatoire pour tout bailleur en copropriété. Hors copropriété (maison individuelle), elle reste fortement recommandée mais non strictement obligatoire.
Q : Quel délai pour déclarer un dégât des eaux ? 5 jours ouvrés à compter de la découverte du sinistre. Une déclaration tardive peut entraîner un refus de prise en charge si elle a aggravé les dommages.
Q : Que faire si le locataire refuse de signer le constat amiable ? Faire intervenir un commissaire de justice pour constater contradictoirement les faits (130-200 €). Sans constat ni huissier, le règlement entre assureurs sera ralenti et plus aléatoire.
Q : Les pertes locatives sont-elles couvertes par la PNO standard ? Non, c'est une option à souscrire spécifiquement (PNO premium). Sans cette option, la perte de loyer pendant les travaux reste à la charge du bailleur. Coût de l'option : 30-50 €/an.
Q : Combien de temps pour être indemnisé via CIDRE ? 2-4 semaines après le constat amiable signé, pour les sinistres inférieurs à 5 000 € HT. Au-delà, application de CIDE-COP avec expertise contradictoire : 2-6 mois.
À retenir
1. La PNO est obligatoire en copropriété depuis ALUR et fortement recommandée hors copropriété. Coût 100-200 €/an pour une couverture complète des dommages immobiliers et de la responsabilité civile.
2. Déclaration obligatoire dans 5 jours ouvrés à l'assureur ET au syndic (si parties communes touchées). Constat amiable signé contradictoirement entre toutes les parties.
3. Distinguer rigoureusement PNO (bailleur, dommages immobiliers) et MRH locataire (meubles, responsabilité civile). Bien identifier l'origine du sinistre évite des mois de blocages.
4. Convention CIDRE (sinistres < 5 000 €) = règlement rapide en 2-4 semaines. CIDE-COP (au-delà) = expertise contradictoire en 2-6 mois.
5. L'entretien préventif (canalisations, joints, vannes) est déductible en charges foncières et évite la grande majorité des sinistres. Contrôles bisannuels recommandés sur les biens anciens.
Sources & ressources officielles
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