
Exit tax : le piège fiscal du départ de France
Le champ d'application de l'exit tax
L'exit tax, instaurée en 2011 et profondément remaniée en 2019, vise à taxer les plus-values latentes sur titres détenus par des contribuables qui transfèrent leur résidence fiscale hors de France. Elle s'applique lorsque le contribuable a été résident fiscal français au moins six des dix années précédant son départ et que la valeur des titres concernés dépasse 800 000 € ou représente plus de 50 % des droits sociaux d'une société.
Les titres concernés incluent les actions, parts sociales, obligations, droits sociaux de toute nature : les parts de SCI à l'IR, à l'IS, les parts de SCPI, les participations dans des holdings patrimoniales y figurent expressément. Les immeubles détenus en direct, en revanche, ne relèvent pas de l'exit tax : ils restent imposables au régime français des plus-values immobilières de non-résidents lors de leur cession ultérieure.
Le fait générateur est le transfert de domicile, apprécié au sens fiscal (article 4 B du CGI) : changement effectif du foyer ou du lieu de séjour principal, du lieu d'exercice de l'activité professionnelle, du centre des intérêts économiques. Une simple expatriation temporaire de moins de douze mois n'est généralement pas considérée comme un transfert.
Le calcul de la plus-value latente
La plus-value latente est calculée comme la différence entre la valeur vénale des titres à la date du transfert et leur prix de revient fiscal (prix d'acquisition majoré des frais et abondements ultérieurs). Pour une SCI familiale créée vingt ans auparavant avec un capital de 100 000 € et dont la valeur vénale a atteint 1,5 M€ grâce à la revalorisation des immeubles détenus, la plus-value latente s'établit à 1,4 M€.
L'impôt dû correspond au taux applicable aux plus-values mobilières : 12,8 % au titre du PFU ou option pour le barème progressif, plus 17,2 % de prélèvements sociaux pour les non-résidents EEE, soit un taux global de 30 % sur la fraction taxable. Sur une plus-value latente de 1,4 M€, le montant brut de l'exit tax atteint donc 420 000 €.
Cette somme n'est pas effectivement payée au moment du départ dans la majorité des cas : un mécanisme de sursis de paiement permet de différer le règlement, avec des conditions qui varient selon la destination du contribuable.
Le sursis de paiement : automatique ou sur garantie
Pour un transfert vers un État membre de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen (avec convention d'assistance administrative), le sursis de paiement est automatique. Aucune garantie n'est exigée. Le contribuable doit simplement déclarer le transfert via le formulaire 2074-ET et le suivi annuel via le formulaire 2074-ETS.
Pour un transfert vers un État tiers (Suisse, Royaume-Uni post-Brexit, États-Unis, Émirats, Singapour, etc.), le sursis n'est accordé que sur demande expresse et moyennant la constitution d'une garantie représentant le montant de l'impôt dû. Cette garantie peut prendre la forme d'une caution bancaire, d'un nantissement de titres, d'une hypothèque. Le coût financier annuel de la garantie (typiquement 1 à 2 % du montant garanti) doit être intégré dans la décision d'expatriation.
Pendant la période de sursis, l'exit tax devient exigible si certains événements se produisent : cession effective des titres, donation à un non-résident, rachat ou réduction de capital, dissolution de la société. À l'inverse, une donation à un résident français ou une succession ouvrant en France entraîne dégrèvement.
La levée du sursis et les arbitrages stratégiques
L'exit tax fait l'objet d'un dégrèvement automatique au terme d'une période de détention dont la durée a été modifiée en 2019. Pour les départs intervenus depuis le 1er janvier 2019, le dégrèvement est acquis au bout de deux ans si la valeur des titres concernés est inférieure ou égale à 2,57 M€, et au bout de cinq ans au-delà. Avant 2019, le délai était de quinze ans, ce qui constituait un véritable verrou.
Cette réforme a considérablement allégé le mécanisme : un contribuable qui s'expatrie en 2026 avec 1,5 M€ de SCI familiale verra son exit tax dégrevée dès 2028 s'il n'a pas cédé entre-temps. La planification patrimoniale s'en trouve simplifiée pour les durées d'expatriation courtes ou moyennes (jusqu'à dix ans).
Stratégie à arbitrer : vaut-il mieux céder avant le départ pour purger la plus-value en régime français (avec PFU 30 %), ou conserver les titres sous sursis en espérant le dégrèvement ? Trois critères orientent la décision : durée probable de l'expatriation, qualité de la convention fiscale du pays d'accueil (certains permettent une cession en quasi-franchise après installation), nature des titres (les parts de SCI familiale sont rarement cédées, ce qui rend le sursis plus pertinent).
Notre lecture chez CPIM : pour les patrimoines structurés en SCI familiale dépassant 1 M€, anticiper la déclaration d'exit tax dans les six mois précédant le transfert effectif est indispensable. Une revue patrimoniale conjointe avec un avocat fiscaliste permet d'identifier les biens à céder, les structures à réorganiser et les schémas de donation à activer avant le départ pour neutraliser au mieux la fiscalité de sortie.
Cas pratique chiffré 2026
Bruno, dirigeant de PME, prévoit de s'expatrier à Dubai en septembre 2026 après cession de son activité. Patrimoine concerné : parts de SCI familiale Bordeaux (1,8 M€ valeur vénale, prix de revient fiscal 380 000 €), portefeuille actions PEA (320 000 € vs 150 000 € initial).
Plus-value latente sur SCI : 1,42 M€. Exit tax théorique 30 % = 426 000 €. Dubai étant État tiers, sursis sur garantie obligatoire. Coût garantie bancaire estimé 1,5 % / an × 426 000 = 6 390 € / an. Sur 5 ans (durée avant dégrèvement automatique pour patrimoine > 2,57 M€) : 31 950 € de coût net.
Plus-value latente PEA : 170 000 €. Exit tax 30 % = 51 000 €. Avec la valeur globale dépassant 2,57 M€, le dégrèvement intervient à 5 ans, soit en 2031. Si Bruno ne cède pas ses titres avant 2031, l'exit tax est définitivement effacée.
Stratégie : Bruno conserve ses titres SCI et PEA pendant 5+ ans à Dubai. Garantie bancaire de 477 000 € activée, coût annuel 7 150 €. À 5 ans, dégrèvement automatique, garantie libérée. Économie nette : 477 000 − 35 750 (5 ans × 7 150) = 441 250 € d'impôt évité. Vs cession préalable en France à 30 % = 477 000 € immédiats.
Comparaison avec les alternatives
Face à l'exit tax, plusieurs alternatives existent. La cession préalable en France purge la plus-value au taux français (30 % PFU), souvent moins favorable que le sursis si l'expatriation dure plus de 5 ans. À privilégier pour les expatriations courtes (<3 ans).
La donation préalable des titres en démembrement aux enfants permet de transmettre avec abattement, en gardant l'usufruit. Le sursis exit tax se transmet aux donataires, qui le conservent s'ils restent résidents français.
Le maintien de la résidence fiscale française via critères secondaires (foyer familial, centre d'intérêts) évite totalement l'exit tax mais conserve la fiscalité française sur les revenus mondiaux. Arbitrage à étudier selon la fiscalité du pays d'accueil.
Les 5 erreurs à éviter
1. Oublier la déclaration formulaire 2074-ET dans l'année du départ. L'omission expose à 80 % de pénalité pour fraude.
2. Sous-estimer le coût annuel de la garantie bancaire pour les expatriations vers États tiers. 1-2 % / an du montant garanti.
3. Céder les titres sous sursis avant la fin du délai de dégrèvement (2 ou 5 ans). La cession effective fait tomber le sursis et déclenche l'exigibilité immédiate.
4. Confondre exit tax (titres mobiliers) et plus-values immobilières en direct. Les immeubles détenus directement ne sont pas concernés, ils restent imposables au régime des non-résidents lors de leur cession.
5. Ne pas faire de suivi annuel via formulaire 2074-ETS. Le défaut de suivi annuel peut entraîner exigibilité de l'exit tax même sans cession effective.
FAQ pratique
Q : Quel délai de dégrèvement ? 2 ans si patrimoine ≤ 2,57 M€, 5 ans si supérieur. Pour les départs antérieurs à 2019, c'était 15 ans.
Q : Le sursis est-il automatique vers tous les pays ? Automatique uniquement vers UE/EEE avec convention d'assistance. Vers États tiers (Suisse, UK, US, Dubai), sursis sur demande avec garantie.
Q : Donation aux enfants en France maintient-elle le sursis ? Oui, et au décès elle purge définitivement le report d'imposition.
Q : Les SCPI sont-elles concernées ? Oui, les parts de SCPI entrent dans le champ de l'exit tax si patrimoine total > 800 000 € ou détention > 50 % des droits.
Q : Un retour en France efface-t-il l'exit tax ? Oui, le retour de résidence fiscale en France entraîne dégrèvement automatique. Le sursis prend fin sans imposition.
À retenir
1. L'exit tax concerne les titres détenus par un résident fiscal qui transfère son domicile hors de France, si patrimoine concerné > 800 000 € ou détention > 50 % des droits.
2. Plus-value latente calculée au transfert. Taux 30 % (PFU + PS). Sursis automatique vers UE/EEE, sur garantie vers États tiers.
3. Dégrèvement automatique au bout de 2 ans (patrimoine ≤ 2,57 M€) ou 5 ans (supérieur).
4. Parts de SCI, SCPI, holdings patrimoniales sont concernées. Les immeubles détenus en direct ne le sont pas.
5. Anticipation indispensable : déclaration formulaire 2074-ET dans les 30 jours du transfert. Audit patrimonial préalable à 6-12 mois.
Sources & ressources officielles
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