
Charges récupérables : ce que vous pouvez vraiment refacturer
Le cadre du décret 87-713
Le décret n° 87-713 du 26 août 1987 fixe la liste limitative des charges locatives récupérables auprès du locataire en location vide. Pour la location meublée résidence principale, c'est la loi du 6 juillet 1989 modifiée par la loi ALUR qui s'applique, avec une référence au même décret pour la nature des charges récupérables. Ce cadre est d'ordre public : aucune clause contraire au bail ne peut faire payer au locataire une charge non listée.
Le principe de base est qu'une charge récupérable doit correspondre à une dépense engagée par le bailleur dans l'intérêt du locataire pour l'usage normal du logement et des parties communes. Trois grandes familles existent : l'entretien courant et les menues réparations sur les équipements communs, les prestations dont bénéficie directement le locataire (eau, chauffage collectif, ascenseur), et les taxes liées à l'usage du logement (ordures ménagères, balayage).
À l'inverse, sont strictement non récupérables : les grosses réparations (article 606 du Code civil : gros murs, voûtes, poutres, toiture, ravalements), les remplacements d'équipements (chaudière collective remplacée, ascenseur changé), les frais d'administration de la copropriété (honoraires de syndic, hors prestations spécifiques au locataire), et les primes d'assurance de l'immeuble. Ces dépenses restent à la charge exclusive du bailleur.
La liste détaillée des charges récupérables
Sur l'ascenseur, sont récupérables : l'entretien courant, les menues réparations (cabine, portes, contacts électriques, ampoules), les visites de contrôle réglementaires et l'électricité de fonctionnement. En revanche, le remplacement d'un ascenseur usagé ou la mise aux normes de sécurité ne sont pas récupérables. Sur le chauffage collectif, sont récupérables : la consommation de combustible (gaz, fioul, granulés), les frais d'entretien annuel de la chaudière, le contrôle de combustion, les contrats d'exploitation. Le remplacement de la chaudière ou les travaux structurels du circuit ne le sont pas.
Sur les parties communes, sont récupérables : l'eau (consommation pour ménage et arrosage), l'électricité (éclairage, prises de service), les produits d'entretien et fournitures de nettoyage, la rémunération du personnel d'entretien (gardien, employé d'immeuble) à hauteur de 40 % (parties communes) à 75 % (services rendus aux occupants), et l'entretien des espaces verts (taille, tonte, arrosage). Les gros travaux paysagers (replantation complète) sont en revanche non récupérables.
Côté taxes : la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) est récupérable intégralement ; la taxe de balayage (Paris notamment) aussi. La taxe foncière, en revanche, reste à la charge du bailleur, à l'exception de la part « ordures ménagères » qui y est intégrée dans certaines communes. Vérifier l'avis d'imposition est indispensable pour calculer exactement la part récupérable.
Provisions et régularisation annuelle
En pratique, le bailleur ne demande pas au locataire de payer chaque dépense au coup par coup. Il appelle des provisions mensuelles, dont le montant doit être estimé sur la base des charges réelles de l'année précédente, divisées par douze. Une fois par an, dans le mois suivant la réception des comptes de copropriété, le bailleur procède à la régularisation : il transmet au locataire le décompte détaillé et soit lui rembourse le trop-perçu, soit réclame le complément si les provisions étaient insuffisantes.
Cette régularisation est obligatoire et le locataire peut exiger la communication des justificatifs (relevés de charges du syndic, factures d'entretien, contrats). Le bailleur dispose d'un délai de 3 ans pour réclamer un complément de charges (prescription triennale). Au-delà, la dette est éteinte. Symétriquement, le locataire peut demander la régularisation dans le même délai. Une provision manifestement sur-estimée chaque année peut être contestée et entraîner un remboursement avec intérêts.
Pour les locations meublées au régime LMNP, ces flux de charges récupérables sont intégrés à la comptabilité comme refacturations sans impact fiscal réel : ils ne génèrent ni produit imposable, ni charge déductible. Pour les bailleurs en régime réel foncier, en revanche, les charges payées sont déductibles et les provisions reçues du locataire constituent des recettes imposables : c'est un point d'attention lors de la déclaration 2044.
Levier post-travaux : majoration de loyer
Un mécanisme moins connu permet au bailleur de récupérer une partie du coût des travaux d'économie d'énergie via une majoration temporaire de loyer. Lorsque le bailleur engage des travaux qui réduisent durablement les charges récupérables du locataire (isolation, fenêtres, chaudière performante), il peut majorer le loyer en cours de bail dans la limite de 50 % par an de l'économie de charges réalisée pour le locataire, pendant 15 ans maximum.
Pour activer ce dispositif, plusieurs conditions doivent être réunies : un accord écrit avec le locataire avant travaux, un descriptif détaillé des travaux et de l'économie attendue (validée par une étude thermique), et le respect du caractère « performant » des travaux selon les critères réglementaires. Cette majoration s'ajoute à la révision annuelle classique du loyer indexée sur l'IRL.
C'est l'un des rares leviers permettant au bailleur de financer en partie une rénovation énergétique sans attendre le départ du locataire. Couplé au calendrier d'interdiction DPE et au déficit foncier, il fait partie des outils à activer en stratégie patrimoniale. Chez CPIM, ces arbitrages sont étudiés au cas par cas, en intégrant la situation fiscale du bailleur, la solidité du locataire en place et la trajectoire de valorisation du bien.
Cas pratique chiffré 2026
Un bailleur détient un T3 en copropriété à Lyon, loué 1 050 € HC. Charges de copropriété annuelles : 2 400 €, dont récupérables 1 560 € (eau froide, chauffage collectif, ascenseur, gardien à 50 %, entretien parties communes). Taxe ordures ménagères : 240 €/an.
Total récupérable annuel auprès du locataire : 1 800 €, soit 150 €/mois. Le bailleur appelle 155 €/mois en provisions pour conserver une marge prudente. Régularisation au 30 juin de l'année N+1 après réception des comptes du syndic : trop-perçu de 60 € remboursé au locataire.
Charges non récupérables restant à la charge du bailleur : 840 €/an (honoraires syndic, assurance immeuble, provisions pour grosses réparations). Ces charges sont déductibles au régime réel foncier à TMI 30 % + 17,2 % PS, soit un coût net de 444 €/an.
Calcul du rendement net : loyer brut 12 600 €/an, charges non récupérables nettes 444 €, taxe foncière nette (40 % déductible) 380 €, vacance budgétée 5 % = 630 €. Loyer net après charges et fiscalité : 11 146 €/an, soit 11,5 % en moins que le brut. Ratio à intégrer systématiquement dans tout calcul de rendement avant acquisition.
Comparaison avec les alternatives
Trois modes de récupération coexistent. Premier : les provisions mensuelles + régularisation annuelle (régime de droit commun). Le bailleur appelle un montant calé sur les charges N-1, et régularise après réception des comptes du syndic. C'est le standard sur les copropriétés.
Deuxième : le forfait charges (réservé aux locations meublées et au bail mobilité). Le bailleur fixe un montant forfaitaire mensuel qui couvre l'ensemble des charges récupérables, sans régularisation. Avantage : simplicité administrative. Inconvénient : risque de sous-évaluation ou sur-évaluation, sans possibilité de rattrapage.
Troisième : la facturation directe (rare, surtout pour des biens individuels sans copropriété). Le locataire paie directement le fournisseur d'eau ou d'électricité, sans intermédiation du bailleur. Convient aux maisons individuelles avec compteurs séparés.
Comparaison sur un T2 à 800 € HC : provisions + régularisation = gestion administrative modérée (1 régularisation/an), forfait = aucune régularisation mais risque d'erreur de calibrage, facturation directe = aucune gestion mais inadaptée à la copropriété. Le régime de provisions + régularisation reste le standard recommandé pour 90 % des bailleurs.
Les 5 erreurs à éviter
1. Inclure des charges non récupérables dans l'appel mensuel. La taxe foncière (sauf TEOM), les honoraires de syndic, les grosses réparations (article 606 Code civil) ne sont jamais récupérables. Toute inclusion abusive expose à un remboursement avec intérêts au taux légal.
2. Omettre la régularisation annuelle. La régularisation est obligatoire après réception des comptes du syndic. Une omission de 3 ans consécutifs peut conduire à une régularisation rétroactive massive, contestable par le locataire pour défaut de transmission des justificatifs.
3. Sur-évaluer manifestement les provisions. Une provision systématiquement très supérieure aux charges réelles est requalifiable en supplément de loyer dissimulé, avec restitution du trop-perçu plus intérêts. Aligner les provisions sur les charges N-1 +5 %.
4. Refuser de communiquer les justificatifs. Le locataire peut exiger la communication des relevés de charges du syndic, factures et contrats. Un refus expose à une contestation devant la commission de conciliation et un remboursement intégral des provisions non justifiées.
5. Confondre charges récupérables et travaux d'amélioration. Le remplacement de la chaudière collective, la mise aux normes d'ascenseur ou les ravalements ne sont pas récupérables. Seule la majoration de loyer post-travaux d'économie d'énergie permet de récupérer une part de ces dépenses, dans la limite de 50 % de l'économie de charges réalisée.
FAQ pratique
Q : La taxe foncière est-elle récupérable ? Non, sauf la part « ordures ménagères » (TEOM) qui y est intégrée. Vérifier l'avis d'imposition pour identifier exactement cette part et la refacturer au locataire.
Q : Quel délai pour demander la régularisation des charges ? Le bailleur dispose de 3 ans (prescription triennale) pour réclamer un complément de charges. Au-delà, la dette est éteinte. Le locataire dispose du même délai pour demander un remboursement de trop-perçu.
Q : Que se passe-t-il si le locataire refuse de payer la régularisation ? Le bailleur peut engager une procédure de recouvrement, après mise en demeure par LRAR. Si les justificatifs sont produits et les charges récupérables conformes au décret 87-713, le tribunal valide la demande.
Q : Le bailleur peut-il majorer le loyer après travaux d'économie d'énergie ? Oui, dans la limite de 50 % par an de l'économie de charges réalisée pour le locataire, pendant 15 ans maximum. Conditions strictes : accord écrit du locataire avant travaux, étude thermique, caractère « performant » reconnu.
Q : Comment qualifier les charges en LMNP ? Au régime réel BIC, les charges récupérables refacturées au locataire ne sont ni des produits imposables ni des charges déductibles : elles transitent en comptes de tiers sans impact fiscal. Au régime micro-BIC, elles sont intégrées au revenu brut et soumises à l'abattement forfaitaire.
À retenir
1. Le décret 87-713 fixe la liste limitative des charges récupérables. Aucune clause du bail ne peut faire payer au locataire une charge non listée : tout dépassement est nul.
2. Les provisions mensuelles doivent être calées sur les charges N-1 et faire l'objet d'une régularisation annuelle obligatoire avec transmission des justificatifs au locataire.
3. Distinguer rigoureusement charges récupérables (entretien courant, prestations directes, taxes d'usage) et charges non récupérables (grosses réparations art. 606, syndic, assurance immeuble).
4. La prescription triennale (3 ans) limite le délai pour réclamer une régularisation. Au-delà, la dette est éteinte : la rigueur administrative annuelle est indispensable.
5. Le levier majoration de loyer post-travaux énergétiques (50 % de l'économie de charges sur 15 ans) permet de financer en partie une rénovation sans attendre le départ du locataire.
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