
AG de copropriété : stratégie de vote 2026
Organisation et convocation de l'AG
L'assemblée générale annuelle est obligatoire (article 7 de la loi du 10 juillet 1965 modifiée). Elle doit être convoquée par le syndic au moins une fois par an, dans les 6 mois suivant la clôture de l'exercice comptable. Le délai de convocation est de 21 jours minimum avant la date prévue, par lettre recommandée avec accusé de réception ou par notification électronique sécurisée (depuis la loi ELAN de 2018 et son décret 2019-650).
La convocation doit comporter : l'ordre du jour précis et complet, les documents nécessaires à chaque résolution (devis pour les travaux, comptes annuels, contrats à voter), la convocation type, les feuilles de présence et de pouvoir, les modalités de participation à distance (depuis 2020). Toute irrégularité substantielle (délai non respecté, ordre du jour incomplet, document manquant) peut entraîner la nullité des résolutions concernées.
L'ordre du jour est arrêté par le syndic, mais tout copropriétaire peut demander l'inscription d'une question au moins 2 mois avant la date prévue (article 10 du décret du 17 mars 1967). Cette faculté est essentielle pour faire émerger des sujets non spontanément abordés par le syndic. Voir aussi notre dossier syndic de copropriété : droits et limites.
Les majorités à maîtriser
Article 24 : majorité simple des voix exprimées par les copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance. Concerne : approbation des comptes, vote du budget prévisionnel, élection des membres du conseil syndical, autorisation de travaux d'entretien courant. C'est la majorité la plus facile à atteindre.
Article 25 : majorité absolue des voix de tous les copropriétaires (présents, représentés et absents). Concerne : désignation/révocation du syndic, autorisation de travaux affectant les parties communes (réparation importante, ravalement), installation de compteurs individuels, certains travaux d'amélioration. Si l'article 25 n'est pas atteint mais que la majorité simple est atteinte, un second vote (article 25-1) peut être organisé immédiatement à la majorité de l'article 24.
Article 26 : double majorité (2/3 des copropriétaires représentant 2/3 des voix). Concerne : modifications du règlement de copropriété, autorisation d'aliéner des parties communes, modifications de la répartition des charges. C'est la majorité la plus difficile à atteindre, qui protège les minorités contre des transformations radicales.
Unanimité : requise pour certaines décisions exceptionnelles (changement de destination de l'immeuble, suppression du poste de gardien dans certains cas, modification des quote-parts non liée à des travaux). Toute opposition d'un seul copropriétaire bloque la décision.
Pouvoirs et stratégie de mobilisation
Le pouvoir est essentiel pour atteindre les majorités : un copropriétaire peut donner mandat à toute personne physique de son choix (autre copropriétaire, voisin, professionnel, conseil syndical) pour le représenter. La loi limite le nombre de pouvoirs par mandataire à 3 maximum, sauf si la somme des voix des mandants reste inférieure à 10 % des voix totales du syndicat (article 22 de la loi de 1965).
Stratégie offensive (faire passer une résolution) : 4 à 6 semaines avant l'AG, identifier les copropriétaires absents probables (résidences secondaires, personnes âgées, expatriés), les contacter individuellement par téléphone ou courrier, leur expliquer l'enjeu, leur demander de signer un pouvoir en blanc avec consigne de vote. Un copropriétaire actif peut ainsi représenter 15 à 25 % des voix du syndicat.
Stratégie défensive (bloquer une résolution contestée) : même mobilisation, mais en opposition. Pour bloquer une décision de l'article 26 (double majorité 2/3), il suffit de réunir 33,4 % des voix ou des copropriétaires en opposition. Pour bloquer un article 25, il suffit de réunir 50 % + 1 voix des voix totales.
Vote par correspondance (depuis 2020) : tout copropriétaire peut transmettre son vote sur formulaire dédié pour chaque résolution, sans assister à l'AG. Cette modalité augmente sensiblement la participation et facilite la stratégie de vote. Voir aussi notre dossier travaux de copropriété et quote-parts.
Contestation des résolutions
Tout copropriétaire opposant ou défaillant (absent et non représenté) peut contester une résolution dans un délai de 2 mois à compter de la notification du procès-verbal d'AG (article 42 de la loi de 1965). Au-delà, la résolution devient définitive et ne peut plus être contestée. Ce délai est strict et non prorogeable.
Trois motifs principaux de contestation : vice de forme (irrégularité de la convocation, défaut d'ordre du jour, document manquant, mauvaise application des majorités) ; vice de fond (décision contraire au règlement de copropriété, à la loi, ou à l'intérêt collectif) ; abus de majorité (décision adoptée dans le seul intérêt d'une minorité contre l'intérêt général).
La procédure se déroule devant le tribunal judiciaire du lieu de situation de l'immeuble. Le coût d'une procédure de contestation est de 3 000 à 7 000 € (avocat, huissier pour notification, frais de justice). La durée est de 14 à 24 mois en première instance. En cas de succès, la résolution est annulée et l'AG doit revoter dans des conditions régulières.
Pour maximiser ses chances : faire constater par huissier toute irrégularité visible le jour de l'AG, conserver une copie de la convocation et des documents reçus, demander immédiatement au syndic copie du procès-verbal complet, consulter un avocat dans le mois suivant l'AG pour évaluer les chances.
Cas pratiques : travaux, syndic, règlement
Cas n°1 : vote de travaux importants. Un ravalement de façade 180 000 € relève généralement de l'article 25 (majorité absolue). Si l'AG réunit 65 % des voix, et que 51 % des voix totales votent pour, la majorité de l'article 25 est atteinte. Si seulement 35 % des voix totales votent pour mais que 90 % des présents votent pour (majorité simple atteinte), un second vote article 25-1 peut faire passer la résolution à la majorité de l'article 24.
Cas n°2 : changement de syndic. Article 25. Pour le faire passer : réunir 2 candidats au minimum (mise en concurrence obligatoire depuis la loi ELAN), distribuer les deux contrats détaillés en amont, mobiliser les copropriétaires défavorables au syndic actuel. Anecdote 2025 : dans une copropriété de 80 lots à Marseille, un changement de syndic a permis une économie de 12 000 €/an sur les seuls honoraires forfaitaires.
Cas n°3 : modification du règlement de copropriété pour autoriser les locations courte durée. Article 26 (double majorité). Très difficile à faire passer en présence d'opposants : une mobilisation de 35 % des copropriétaires suffit à bloquer. Inversement, une copropriété résidentielle qui veut interdire la location courte durée doit également atteindre l'article 26.
Voir aussi notre dossier charges de copropriété récupérables pour les optimisations budgétaires post-AG.
Conseils pratiques 2026 pour copropriétaires actifs
Avant l'AG (4 à 6 semaines) : lire attentivement la convocation et tous les documents annexes, identifier les résolutions sensibles (travaux importants, contrats, modifications de règlement), préparer ses questions par écrit, contacter le conseil syndical et le syndic pour obtenir éclaircissements, mobiliser des pouvoirs si nécessaire.
Pendant l'AG : arriver 15 minutes avant pour signer la feuille de présence, vérifier que le quorum est atteint pour chaque type de vote, demander la parole de manière structurée, faire consigner ses observations au procès-verbal, voter sur chaque résolution (pour, contre, abstention : les abstentions ne comptent pas dans le décompte des voix exprimées pour l'article 24).
Après l'AG : vérifier rigoureusement le procès-verbal reçu (notification dans le mois suivant l'AG), comparer avec ses notes, exercer le recours article 42 si nécessaire dans les 2 mois. Conserver tous documents : ils peuvent servir lors d'une éventuelle vente du lot (état daté).
Sources & ressources officielles
À propos de l'auteur
À découvrir également
Continuez la lecture.
- 01AG SCI : l'obligation qu'on oublie souventToute SCI doit tenir au moins une assemblée générale par an. Procédure de convocation, ordre du jour, règles de majorité et risques fiscaux en cas de non-tenue.
- 02Syndic de copropriété : pouvoirs et contrôleLe syndic gère votre copropriété et engage votre patrimoine. Quelles sont ses prérogatives, ses limites, et comment exercer efficacement le contrôle des copropriétaires en 2026 ? Régime juridique, jurisprudence et stratégie pratique.
- 03Charges récupérables sur le locataire : liste complèteQuelles charges de copropriété pouvez-vous récupérer auprès de votre locataire ? Décret 87-713, liste limitative, calcul des provisions, régularisation annuelle et contentieux fréquents en 2026.






